6 827e « RADIOSCOPIE » de Jacques CHANCEL avec Serge Kampf et Paul Hermelin le vendredi 13 Mars 2009
Note : Une lecture thématique de cet entretien est accessible en utilisant l'encadré ci-contre à gauche. Si vous préférez une lecture séquentielle,
retrouvez-le en suivant ce lien, qui vous fera partager différents contenus
générés pour le rapport annuel Capgemini.
Jacques Chancel : Bruxelles annonce qu’il manquera bientôt 300 000 informaticiens en Europe. Ne serait-ce pas le moment d’engager des femmes dans ce métier – le vôtre – qui ne leur est guère favorable ?
Serge Kampf Dans le Groupe, sauf erreur, il y a plus de 20 000 femmes, soit un quart de l’effectif total. C’est à la fois beaucoup et pas assez. Mais il faut admettre que les métiers de l’informatique font appel essentiellement à des formations de type ingénieur dont les diplômés sont majoritairement de sexe masculin. Et dans l’informatique, les métiers de service demandent en plus une disponibilité totale peu compatible avec le rôle de mère qu’elles entendent ne pas sacrifier. Mais celles qui le veulent ont toutes les chances de réussir une belle carrière professionnelle. Vous verrez par exemple dans ce Rapport Annuel qu’une femme vient d’entrer au Comité Exécutif du Groupe.
Jacques Chancel Quelles sont les meilleures écoles pour des métiers comme les vôtres ?
Paul Hermelin À ma connaissance, les meilleures écoles d’ingénieurs sont en France. Le système français met les mathématiques au-dessus de tout, alors qu’aux États-Unis par exemple, c’est le droit qui prime.
Serge Kampf Les mathématiques, c’est beaucoup de logique. Les modes de raisonnement sont les mêmes. Logique et mathématiques sont les mères de l’informatique… et du logiciel. Mais il ne faut pas croire pour autant qu’il n’est bon ingénieur que de Paris. Les diplômés que nous embauchons en Inde par exemple sont hautement qualifiés. Et ils ont sur d’autres un énorme avantage : ils ont envie de réussir, ils ont envie de se battre. Ceux de notre vieille Europe, eux, ont à se défaire d’un mal étrange : le désenchantement.
Jacques Chancel Anecdotique mais vrai : une enquête faite en Allemagne chez les moins de trente-cinq ans révèle que 97 % des sondés préfèrent conserver leur téléphone portable et leur connexion Internet « plutôt que leur compagne ou leur voiture » ! N’est-ce pas inquiétant ?
Serge Kampf Il faut admettre que le monde a changé. Internet s’est emparé de nos vies, de nos libertés, de nos ambitions, bientôt de nos âmes : il va tout faire pour nous, tout décider, tout apprendre à notre place. Il nous attire sur une planète que ni les dieux ni les poètes n’avaient imaginée. Cette enquête est consternante, ou plutôt ses résultats : le portable serait donc plus important que la voiture ? Passe encore. Mais plus important que l’amour de l’autre ? Nous sommes vraiment dans un autre monde.
Paul Hermelin Je me méfie de ces enquêtes qui n’ont souvent rien de scientifique, mais ce sondage est plutôt amusant. La Toile est d’évidence lieu d’entretiens, d’échanges, d’information brute. Nombreux sont ceux qui vont y chercher l’inattendu, le rêve. Mais il y a aussi des ingénieurs qui y échangent leurs savoirs, leurs espoirs et leurs doutes. Le portable a les mérites que l’on sait et il en aura encore davantage demain : doit-on pour autant le préférer à tout ? Certainement pas !
