L’informatique, un univers en expansion continue


L’informatique proposait hier des outils de rationalisation et d’optimisation. Elle est devenue le vecteur privilégié des transformations, vitales face aux défis de la mondialisation, dans un environnement concurrentiel en constante évolution, et se révèle indispensable à la croissance et la rentabilité.


Le constat est flagrant : en deux décennies, l’informatique s’est rendue indispensable au fonctionnement des entreprises et des administrations. Il est devenu impossible, sans système informatique, de gérer un système de compensation interbancaire ou une chaîne logistique, de piloter un avion ou de concevoir et produire un nouveau modèle de voiture. De même, les usagers des services publics sont de plus en plus demandeurs de services en ligne facilitant leurs démarches administratives. Une évidence aujourd’hui, mais que seuls quelques visionnaires pressentaient, il y a un demi-siècle, lorsque les premiers grands ordinateurs firent leur apparition dans les banques et les compagnies d’assurances.

Tous les pans de l’économie ont entrepris l’aventure informatique par l’automatisation des processus. L’ordinateur a d’abord délesté l’homme de tâches répétitives et volumineuses à faible valeur ajoutée. Puis la vague de la micro-informatique, en répartissant l’intelligence et l’accès à l’information, transforma profondément les usages de l’informatique dans l’entreprise. La formidable progression des budgets informatiques témoigne du poids croissant des technologies de l’information dans le fonctionnement de l’économie : aux États-Unis, les dépenses en matériel, en logiciels et en services ont été multipliées par 50 entre 1967 et 2008 selon le Department of Commerce. En France, la dépense en logiciels et services a été multipliée par 11 en trente ans, selon le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC), pour atteindre 76 milliards d’euros en 2006. Cette tendance de fond se reflète par exemple dans l’explosion du marché des services informatiques en Europe, passé selon PAC de 1 milliard d’euros en 1968 à 20 milliards d’euros en 1986, puis de 50 milliards d’euros en 1996 à 140 milliards d’euros en 2006.

 

Informatique et compétitivité

Le poids de l’informatique dans la dépense globale des entreprises, qui atteint une moyenne généralement comprise entre 2,5 et 3 % dans les organisations occidentales, présente toujours des pics à 7 voire 8 % dans le secteur financier : les banques sont toujours considérées comme des archétypes d’organisations prospérant grâce à leur maîtrise du traitement de l’information. Des chiffres confirmés par une toute récente étude du cabinet PSB Research pour le compte du constructeur informatique américain HP : le ratio moyen « dépenses en technologies de l’information sur chiffre d’affaires » s’avère particulièrement élevé dans les services financiers (8 %), les télécommunications et les médias (5 %). Mais d’autres secteurs ne sont pas en reste : en 2005 déjà, une étude américaine avait montré une corrélation, dans le secteur de la distribution, entre le degré d’informatisation d’une entreprise, la progression de son chiffre d’affaires et celle de sa rentabilité. L’informatique fait désormais partie du quotidien des entreprises et des administrations, de leurs clients ou usagers, de leurs collaborateurs et de leurs dirigeants. Mais le processus était appelé à s’accélérer encore, puisque la mise en réseau de l’économie – et de l’intelligence – au niveau mondial et l’éclatement des frontières géographiques se sont accomplis en l’espace d’une seule décennie !

Le poids des technologies de l’information dans l’économie mondiale est confirmé par les chiffres publiés en septembre 2008 par l’EITO (European Information Technology Observatory). Sans les télécoms, la dépense informatique mondiale (logiciels, services et matériels) devait progresser en 2008 de 5,2 % pour s’élever à 963,5 milliards d’euros. L’organisme souligne le rôle prépondérant joué par le dynamisme de la Chine (+ 17,8 %), de la Russie (+ 17,5 %) et de l’Inde (+ 17,2 %), dont les entreprises s’équipent en systèmes d’information modernes, au diapason de l’influence croissante de leurs économies respectives dans le commerce international. Sans les effets de la crise économique actuelle, toujours selon l’EITO, les dépenses en technologies de l’information auraient dépassé en 2009, pour la première fois, le cap symbolique des 1 000 milliards d’euros ! Et environ 2700 milliards de dollars avec les télécoms, selon le cabinet Gartner.

L’irruption d’Internet et de l’économie en réseau, la remise en cause des équilibres géopolitiques traditionnels et l’émergence de géants nés de la nouvelle économie font évoluer profondément la perception du rôle des technologies de l’information. Elles proposaient hier des outils de rationalisation et d’optimisation des organisations en place. Elles sont devenues, dans l’esprit des dirigeants, les vecteurs privilégiés des transformations, parfois radicales, de ces entreprises, en réponse aux défis posés par la mondialisation de l’économie ou la montée en puissance de nouveaux concurrents.
Depuis une quinzaine d’années, nous sommes ainsi entrés de plain-pied dans la société de l’information. Auparavant cantonnée au strict cadre de la gestion de l’entreprise, l’informatique irrigue désormais, de manière irréversible, toute activité humaine. Les technologies de l’information semblent décidément en expansion continue.