Nous vivons la troisième révolution de l’information
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Vous parlez de « révolution ». Qu’est-ce qui distingue l’innovation du progrès ?
Michel Serres C’est tout notre paysage qui change. La rupture est profonde. L’innovation, ce n’est jamais l’extrapolation. Les concepts d’enrichissement et d’appauvrissement ne sont plus pertinents. La première rupture, c’est Lucy, qui se lève sur deux pattes. Elle perd la fonction d’appui des membres supérieurs, mais elle invente la main, multifonctionnelle. Son museau ne saisit plus, mais il parle. Toute rupture d’état rend vaine la comparaison. Idem lorsque l’on passe de la physique d’Aristote à la physique moderne. Lavoisier invente la chimie, ce qui met un terme à l’alchimie. L’innovation, c’est ça, c’est Einstein et Newton. L’ordinateur, ce n’est pas un livre amélioré, c’est la programmation, etc. L’innovation, c’est une conversion, on se convertit, ce qui signifie « le corps se tourne ». Du coup l’horizon n’est plus le même.
